Biographies de femmes imaginaires

Lors d’un atelier avec l’auteure Cloé Korman, nous avons écrit des biographies de femmes imaginaires. Ces textes sont aussi publiés sur ce blog: http://viesdesfemmesimaginaires.blogspot.fr/

 

Le mythe de Philosophia

S’il est des jours amers, il en est de si doux !, A.Chénier « La jeune captive », 1794

    Philosophia était la fille d’Eros et d’une bacchante et, contrairement aux attentes reçues lors de sa naissance, elle était puissamment raisonnée. Cette chose plut tantôt mais lui causa également de nombreux problèmes et ce notamment parce qu’en plus d’avoir des qualités intellectuelles hors normes, elle était dotée d’une beauté renversante, la majeure partie des grecs la considérait comme étant la plus belle femme de la Grèce, l’idéal féminin de l’époque alliant beauté, intelligence et vertus ainsi que bien plus belle et plus séduisante d’Aphrodite. En effet, elle était grande, élancée mais avait certaines formes qui lui donnait un charme fou. Elle avait des cheveux longs de nombreuses couleurs, il y avait du blond presque blanc, de l’or, de l’étain, de l’ambre et elle avait des yeux d’une telle bleutée qu’on disait même que cette couleur ressemblait à la teinte des plus beaux cours d’eau se situant près du Mont Atlas.

Cela lui attira les foudres de la femme ayant jalousé et s’étant acharnée sur la douce Psyché et de Junon, épouse de Zeus puisque ce dernier est tombé follement amoureux de la jeune femme et pour se venger, elles exilèrent la demi-déesse dans une île déserte de Crète. Personne n’y habitait mis à part un vieux sage qui se trouve être un parent de Platon. Après lui avoir raconté son histoire, elle décida de se venger des déesses à son tour et de contredire les clichés de son époque selon lesquels les femmes doivent être soumises à leur père de la naissance au mariage puis à leur mari, la seule préoccupation qu’elles avaient était de prendre soin de la maison et de l’éducation de leurs jeunes enfants. En aucun cas, les femmes ne pouvaient faire carrière et ce dans de très nombreux domaines. Tous les médecins, les philosophes, les scientifiques et les personnes se trouvant au pouvoir étaient des hommes. Cependant, elle rêvait de vivre à la manière de Marc-Aurèle ou bien même de Cicéron. La courageuse jeune femme décida de concrétiser son rêve. Le vieux savant ne souhaitant quand à lui que de partager ses sciences, se réjouit de pouvoir pour la première fois de sa vie instruire la philosophie, la rhétorique et l’art politique à une fille. Il fit cela pendant une dizaine d’années et après cela, Hermès, messager des dieux vint la voir (le père de la jeune fille se préoccupait de son avenir après la rage de sa grand-mère) et il fut si charmé par son éloquence, sa voix, son intelligence et sa beauté qu’il décida de lui offrir sa paire de sandales en or ailées afin qu’elle puisse aller faire se preuves en Grèce, pays du savoir et lui promit de venir l’aider dès qu’elle en ressentait le besoin. Philosophia promis au vieil homme qu’elle considérait comme son père de venir le voir dès que l’occasion s’en présenterait elle arriva en Grèce et fut sur le champ détestée des femmes et des savants qui comme les déesses auparavant, la jalousèrent tandis que les hommes tombaient un à un sous le charme ensorcelant de la demie-déesse, les magistrats et les hommes de pouvoir l’aimaient et la désiraient.

Elle fut amenée par un ensemble de savants dans la cour de justice suprême composée des plus hauts gradés de l’armée et de quelque hommes politiques importants, l’accusant de crimes bien évidemment faux comme dégradations de biens publics, etc. . Chose que personne n’aurait imaginé (il faut dire qu’Eros avait grandement aidé à la tâche), le célèbre juge chargé de l’affaire se mit tout de suite à dire que les accusations étaient toutes fausses et inventées, il fit évacué le tribunal et se retrouva face à face avec la pauvre jeune fille apeurée. Il la pria de le suivre et l’emmena dans le célèbre jardin des épicuriens, cet endroit lui plut énormément. Puis le magistrat lui demanda où se trouvait son père mais, souhaitant garder secret son appartenance divine, lui dit que ses parents étaient décédés de maladie et qu’elle ne possédait aucun autres parents ou tuteurs. Il lui demanda ainsi la raison pour laquelle elle se trouvait en cet endroit et ce qu’elle comptait faire ensuite, la demi-déesse lui avoua qu’elle ignorait la réponse et l’homme de justice vit dans son regard qu’elle était sincère et décida de l’héberger à une seule condition : celle devenir son épouse. C’est ainsi que d’une vie des plus simples elle devenu l’épouse d’un magistrat très respectueux des femmes qui brisait lui aussi les préjugés en ne donnant à sa femme aucunes contraintes, aucunes règles : cette-dernière n’était pour le rien du monde soumise à son époux. Le père de la jeune fille se réjouissait de la voir s’épanouir à ce point, elle était non loin du pouvoir, fréquentait régulièrement les plus grands hommes politiques et les plus hauts gradés de l’armée, elle passait son temps à lire et à fréquenter les soirées accompagnée de son conjoint où se trouvaient les plus grands philosophes, les meilleurs orateurs et beaucoup d’autres personnes très importantes. L’ensemble des dieux s’étonnait de voir Eros si content, c’est ainsi qu’Aphrodite et qu’Héra se mirent en route vers le Tartare  afin de demander une aide de la part de leur oncle et frère en échange d’une très grande quantité de nectar divin et d’Ambroisie. Ce dernier proposa de lui faire subir le pire des châtiments : il lui offrit l’immortalité et la pauvre femme vit son mari vieillir tout comme ses amis et les vit mourir un à un.

Ne ressentant plus aucune attache pour son ancienne cité, elle décida de se rendre dans l’île  où elle a grandit en étant consciente que son ancien précepteur serait décédé depuis bien longtemps. Quand elle arriva, elle découvrit la dépouille et afin de suivre un des coutumes qu’il lui avait jadis enseignée, elle enterra son corps non loin d’un bel olivier afin qu’il puisse rejoindre les Enfers, fit quelques oraisons et ne sachant que faire, elle alla se balader sur l’île, s’allongea sur le sable et s’endormi, regrettant fortement de rien n’avoir trouvé mis à part quelques baies sauvages et quelques noisettes. En pleine nuit, suite à la présence d’une très grande source de lumière sur un autre bout de l’île non loin, elle se réveilla et poussée par la curiosité, elle alla voir la cause de cela. Et vit le bel Hermès, ayant préparé une belle table, lui promit de prendre soin d’elle et avoua que depuis qu’Eros apprit le sort qui était réservé à sa fille, perdait la raison et lui proposa de l’amener dans un endroit sur où elle ne manquerait rien en échange de son amour. Elle accepta et se vit emmener dans le château où habitait la belle Psyché qui lui fit un accueil très chaleureux. Hermès rejoignait sa femme le soir tout comme Eros qui rejoignait Psyché chaque soir. De cette manière, Philosophia profiterait de la présence de son père et de sa belle-mère ainsi que de son mari.

Afin qu’elle ne se lasse pas d’étudier et de s’épanouir, son père s’arrangea avec Zeus pour que celui-ci ramène des Enfers le vieux savant auquel sa fille s’était tant attachée. Elle ne manque encore de nos jours de rien mais est à l’origine de deux phénomènes que l’on connait : le jour et la nuit, le jour représente le moment où elle passe son temps à lire et à guetter l’arrivée de son mari tandis que la nuit représente le moment où la femme la plus savante de l’univers n’a plus besoin de lumière pour travailler.

 

    Moi Morgane, j’ai découvert le mythe de Philosophia en lisant un recueil contenant mille et un mythes. Je trouve cette histoire très marquante et touchante dans la mesure où elle a une visée didactique : Il faut profiter de la vie et ne pas abandonner ses rêves même si la vie est un long chemin semé d’embuches. D’autant plus que plus tard j’aimerai faire un double cursus : droit et philosophie. Cependant, même si les femmes représentent 80% des diplômés de l’ENM (Ecole Nationale de Magistrature), seules très peu de femmes atteignent les plus hauts postes de la magistrature. Nous retrouvons le même phénomène dans la philosophie, pour chaque nouveau groupe de quarante-cinq professeurs de philosophie : 14 sont des femmes, 31 sont des hommes.

Morgane Mercier, 1èreL

           La vérité sur Galilée : Elisa Delacroccia

Elisa Delacroccia, la connaissez-vous ? Non sûrement pas. Pourtant cette femme est l’un des piliers de connaissance pour le monde et ses habitants, ses scientifiques, ses enfants et a inspiré bon nombre de rêveurs.

Nous sommes au XVIIème siècle, en 1610 à Padoue.

Une jeune femme d’une trentaine d’années marche dans les rues, déterminée, fulminant de rage.

Sa longue crinière brune se balance au gré du vent chevauchant le creux de son dos. De longues boucles encadrent son visage rond et doux. La noirceur de ses yeux vous tuerait un homme. La peau hâlée et crémeuse donne envie à tous de l’effleurer.

Cette beauté italienne se nomme Eliza Delacroccia, fille de Roberto Delacroccia, humble fermier, et Rosa Lorenzi, femme au foyer aidant occasionnellement son mari dans les champs. Eliza est leur troisième enfant, une exception sur six : c’est la seule fille..

Très tôt, Eliza s’est intéressée à l’astronomie et aux mathématiques.

Quand elle était jeune, elle partait écouter aux portes des cours de l’école privée de Leonardo Da Pino apprendre l’histoire de ce ciel étoilé qui la fascinait tant. Elle grimpait tel un petit singe sur les arbres et assistait aux cours à travers la fenêtre. Sauf qu’un jour, un instituteur l’a surpris et la fit tomber malencontreusement.

Elle dégringola des arbres et garda une belle cicatrice à l’arcade gauche et à la cuisse droite. Bien sûr elle s’excusa mais fut punie très sévèrement par ses parents qui l’insultaient de « cazzita » à vouloir apprendre des choses qui ne serviraient à rien pour une fille du peuple sans argent ni rang important.

A treize ans, elle devint amie avec le libraire vivant près de chez elle. Il lui enseigna la lecture, les langues anciennes, et les arts. C’était son tuteur, son ami, son confident.

Il décéda alors qu’elle était âgée de quinze ans. Elle fut peinée et pleura énormément. Suite à cette perte, elle arrêta de s’alimenter et bientôt devint squelettique.

A seize ans elle allait mieux et prit une décision incroyable : se faire un nom dans le domaine scientifique pour exaucer le rêve de son défunt tuteur. C’était sans compter sur ses parents qui se décidèrent à la marier.

Elle ? Mariée ? Et puis quoi encore ? Elle avait autre chose à faire que de s’occuper d’un péquenaud qui ne lui rapporterait que des enfants sans même l’aimer. Surtout que l’homme à qui on voulait la marier était Jovani Pudepiedi ou « Jovani aux orteils crasseux » comme dans le voisinage on aime l’appeler.

Alors une nuit, par totale pulsion, elle s’enfuit : elle ne voulait plus de ces choix qu’on lui imposait, ne voulait plus ne pas être acceptée pour ce qu’elle était.

Pendant deux mois, elle vécut dans la misère … puis elle trouva un travail de femme de ménage dans une maison d’un scientifique : Galilée.

Pendant des années elle travailla pour lui. Quand la nuit tombait, elle sortait de sa chambre de soubrette et partait étudier les étoiles.

Les étoiles ! Dieu qu’elle aimait les étoiles !

Observer ces magnifiques cristaux brillants dans la nuit bleutée… et chaque fois qu’elle faisait ça, des papillons naissaient dans son ventre. Oui, elle aimait définitivement prendre le télescope de son maître, prendre des crayons, des feuilles, tracer, tracer et retracer les choses qu’elle découvrait chaque soir, se corriger, s’améliorer, s’interroger, ça la passionnait !

Un soir, celui de ses trente ans, son maître l’invita à manger. Elle ne refusa pas : il faut dire que le jeune homme avait du charme.

Elle lui parla, lui confia ses passions et lui avoua sa passion pour l’astronomie qu’elle effectuait chaque soir quand il dormait ainsi que son rêve de devenir scientifique.

Il se mit alors à la courtiser .Les mois passèrent , Elisa pouvait utiliser le laboratoire à sa guise.

Ses travaux la menèrent bientôt à une incroyable découverte : le SOLEIL est au centre de l’Univers et non la Terre.

Bientôt Galilée la demanda en mariage , bien entendu elle accepta : être avec un homme cultivé et qui s’intéressait à elle.

Un soir , en rentrant du marché elle vit la maison vide, ses travaux disparus , avec une simple lettre et des papiers de divorce : C’est fini.

Elisa n’en croyait pas ses yeux , une semaine plus tard , les journaux publiaient les nouvelles “Galilée, condamné à un procès pour des propos contre la Sainte Eglise !” .

Nous revoici , dans la présent avec notre Elisa fulgurante.

Elle ne supporte pas que l’on s’approprie SON travail, elle part donc vers le Vatican afin de révéler la vérité au monde : on ne la crut pas, elle fut condamnée à mort .

En prison, elle écrivit une lettre où elle révéla la véritable histoire de Galilée. Plus tard, dans les années 2000, on découvrit cette lettre et celle de Galilée qui a avoué la vérité sur son lit de mort.

Ainsi elle connut enfin la reconnaissance qu’elle méritait même si ce ne fut pas de son vivant.

Phoebe Cognet, 1èreL

La tête dans les étoiles

Mérida est la fille d’un militaire et d’une infirmière qui ont opéré durant la Seconde Guerre mondiale. Son père était un militaire américain et est décédé durant une mission. Sa mère étant infirmière à la même époque , concentra toute son énergie dans l’aide qu’elle pouvait apporter aux autres tout en s’occupant de sa fille.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale survint la Guerre froide. Ce sentiment de cruauté et de froideur qui se développa dans le monde dégoûta fortement Mérida des humains. Elle développa une certaine attraction pour les étoiles et l’espace, un monde inconnu à découvrir.

Cela devint une véritable passion. Elle ne se voyait plus vivre sans ça. Sa mère l’encouragea tout au long de ses études.  Elle réussit, grâce à ses études, à obtenir une formation scientifique, mais recalée à tous les concours permettant de devenir astronaute et remarquant qu’elle était l’une des seules filles à se présenter, décida d’écrire une lettre au directeur de l’école témoignant de son goût de l’aventure. Elle aimait le danger comme son père, mais le directeur ne voulait pas le comprendre.

Un jour, elle décida d’aller voir directement le directeur afin de lui expliquer  ce qui la motivait car elle était désespérée de ne pouvoir un jour réaliser son rêve. Le directeur lui répondit qu’il était occupé ; il devait recevoir les futurs élèves de l’école et l’a mis dehors. Un homme passa devant elle et entra dans le bureau du directeur ; c’était un certain Neil Armstrong  je crois.

Mérida attendit devant la porte, encore et encore. Elle voyait différents élèves passer devant elle et tous eurent la même réaction : celle de la mépriser et parfois même certains l’ont pris pour une domestique.

Elle décida alors de peindre sur la porte du directeur quelque chose de symbolique, qui représente son rêve. Elle peignit alors une planète et des étoiles. Le directeur , surpris et impressionné par la précision des traits et du détail, il décida de lui accorder une chance.

Depuis ce jour là, Mérida fut la première femme qui intégra une grande école , et qui plus est une école d’astronomie.

Inès Chortani, 1èreL

Selma est l’une des rares filles du bled qui a réussi à terminer ses études. Oui, en effet, en général les jeunes filles arrêtent l’école avant le lycée sous le coup de la paresse ou par contrainte. Ces filles là finissent par consacrer leurs vies aux corvées ménagères et à s’occuper de leurs enfants.

Selma ne veut pas de cette vie. Elle veut avoir une bonne situation et gagner sa vie en faisant un travail qui l’épanouit. Elle a réussi sa scolarité en ayant obtenu un bac mention bien et en obtenant une bourse qui lui a permis d’aller dans l’université qu’elle souhaitait. Et elle ne veut pas s’en arrêter là! Il est hors de question que sa réussite ne lui serve à rien et finisse par consacrer sa vie aux tâches ménagères. Elle rêve d’être médecin généraliste, et elle est actuellement en fac de médecine.

Est-il nécessaire de mentionner qu’elle est la seule femme là bas? Seules les femmes issues de familles riches réussissaient leurs vies. Elle, issue d’une famille de basse catégorie, les gens s’attendaient à ce qu’elle soit une femme au foyer comme toutes les femmes de sa famille. On lui dit souvent qu’elle se bat pour rien, que ce sont les hommes qui travaillent car « une femme ne peut ouvrir un cabinet médical » ou alors « une femme n’a pas les capacités requises pour la médecine » – préjugés et idioties qui n’affectent guerre Selma. Sa famille est fière d’elle et elle même est fière de son parcours, l’opinion du voisinage ne comptent pas pour elle. Une femme forte qui sait ce qu’elle veut, c’est ce qu’elle est. Elle obtiendra normalement son diplôme dans 2 ans, pour l’instant c’est une étudiante qui prépare ses prochains examens, et elle est déterminée à réussir et à vivre la vie dont elle a toujours rêvé et aussi casser le cliché qu’on a des femmes.

En espérant que ce récit inspirera chaque fille et femme à réussir dans sa vie.

Siham DAUNJ, 1èreL

 

Une vie décidée par les hommes.

Elvire était une femme somme toute normale si on enlevait  sa passion pour les sciences. Elle suivait les travaux des scientifiques de son époque tels que Pythagore et avait elle-même mit au point certaines théories.

Ses parents n’acceptaient pas sa passion et la menaçaient de la marier avec le fils du boucher si elle n’arrêtait pas ses futilités. Elle avait beau détester cet homme, qui n’avait aucune intelligence et qui trouvait son bonheur dans la barbarie, elle ne souhaitait pas abandonner sa passion pour autant.

Un jour, alors qu’elle se baladait dans les rues d’Athènes, elle entendit un homme annoncer à son voisin qu’il se rendait à la conférence donnée par Pythagore pour expliquer sa théorie mathématique. Elle décida de s’y rendre.

Quand elle entra dans la pièce, tous les hommes se tournèrent vers elle et l’un d’eux lui hurla qu’elle s’était trompée d’endroit ; la boutique de tissus se trouvait à côté ! Elle lui répondit qu’elle était intéressée par les travaux de Pythagore et se fit éjecter de la pièce sur le champ sous prétexte qu’une femme ne devait pas se mêler aux hommes. Elle attendit la fin de la séance pour rentrer dans la pièce et retrouver Pythagore. Celui-ci lui tint à peu près le même discours que les autres hommes.  Elle sentit le désespoir l’envahir et quand elle l’entendit lui faire des avances, elle se demanda si le rôle d’une femme était seulement de se marier et de donner naissance. Elle se questionna sur la raison pour laquelle une femme n’aurait pas le droit de faire ce qui lui plaisait.

Elle erra dans la ville pendant plusieurs heures avant de se heurter à une jeune fille. Malgré son jeune âge, celle-ci tenait dans ses bras un petit garçon. Elvire avait devant elle la preuve qu’une femme dès sa naissance n’avait qu’un seul rôle dans sa vie: enfanter.

Quand elle arriva chez elle, elle raconta à ses parents sa mésaventure. Ils décidèrent de mettre leur menace à exécution. Elle se retrouva mariée avec le fils du boucher qui, pendant le restant de sa vie, ne lui prêta pas la moindre attention à part pour réaliser ses devoirs conjugaux. Elle dépérissait avec les années mais fut heureuse de ne donner naissance à aucune fille. Elle aurait été encore plus malheureuse si elle avait donné naissance à une fille qui aurait connu les mêmes souffrances qu’elle. Elle mourût à l’âge de 40 ans des suites d’une maladie sans jamais avoir été heureuse.

Chloé Labadie, 1èreL

 

Au Bangladesh, en 2004, Halima jeune étudiante en médecine, se voit persécutée. Persécutée par son entourage et ses camarades de sexe masculin qui tentent tant bien que mal de lui expliquer que sa place ne se trouve pas sur les bancs de la faculté de médecine mais au sein de son foyer, élevant ses enfants et préparant le repas pour les siens.
Malgré les critiques de son entourage, Halima continue d’étudier et finit par avoir la brillante idée de créer une association afin de militer pour ses droits. Beaucoup de femmes souhaitant devenir ingénieurE*, médecin, écrivain ou encore politicienne entendent parler de cette association et s’y joignent afin de partager leur quotidien avec Halima et essayent ensemble de trouver une solution afin de remédier à toutes ces discriminations sexistes. Halima et ses amies organisent une manifestation sur la place publique d’une ville où les femmes n’ont pas le droit de s’exprimer. Halima et ses amies risquent l’emprisonnement mais celles-ci souhaitent trouver une issue aux persécutions et aux jugements qu’elles subissent quotidiennement. Lors de la manifestation, Halima se fait embarquer par les forces de l’ordre après un affrontement. Ses amies tentent tant bien que mal de convaincre les policiers mais ceux-ci les menacent de les embarquer également.
Quelques jours plus tard, après avoir été en garde à vue, Halima se fait juger et écope d’une peine d’emprisonnement de 5ans.
Durant son emprisonnement, Halima s’est très vite fait une place au sein de la prison : celle-ci se retrouve à exercer ses talents de médecin auprès des prisonniers malades et obtient un énorme succès. Cependant, Halima ne semble pas satisfaite du sort qui lui a été attribué et décide donc de se révolter et de faire appel à la cour afin d’essayer d’écourter sa peine en ayant comme arguments son parcours scolaire, son diplôme et les soins qu’elle pratique au sein de la prison.
Après plusieurs années de combat, Halima obtient enfin la liberté et le droit d’exercer son métier au sein de la population à condition que celle-ni ne quitte le territoire. Le juge refuse de lui accorder le droit de quitter le territoire car celui-ci craint qu’elle propage son savoir à travers le monde et que les femmes se révoltent.
Halima a ouvert son cabinet médical et est aujourd’hui heureuse. Elle continue de combattre avec ses amies au sein de son association les injustices subies par les femmes. L’objectif d’Halima est maintenant de parcourir le monde afin de propager ses idées et inciter les femmes à obtenir leurs droits.

*IngénieurE : La question se pose souvent, doit-on ajouter un E au nom « ingénieur » lorsqu’il est employé au féminin ? Dans ma biographie imaginaire, j’insiste à ajouter le « E » car j’estime qu’une femme peut aussi devenir ingénieure. Pour certains, ce n’est qu’une lettre, pour d’autres, cela signifie beaucoup.

Leïla Riouchi, 1èreL

                                                 Une femme à la reconquête de la liberté .

Je me présente: je m’appelle Lepante Naomie et je suis journaliste depuis 3 ans.  J’ai participé à la guerre d’Iran , en tant que journaliste. Cela à été une épreuve magnifique, mais également l’une des plus dures . J’étais présente lors des bombardement , j’ai vu la violence envers les  soldats . Mais je devais également savoir le ressenti des civils . C’est ainsi que je fis la connaissance de Betty James

Ceci est l’histoire d’une américaine Betty  James,  qui tomba amoureuse d’un médecin Iranien durant les années  60 aux Etats-Unis. Le jeune couple vivait aux Etats-Unis , plus précisément dans le Nord des Etats-Unis. Le mari s’appelait Mohamed Benhamar. Il a quitté l’Iran durant son adolescence afin de réaliser son rêve : devenir médecin. Lors de son apprentissage,  il fit la connaissance de Betty, une secrétaire originaire du Mississippi dont il tomba fort amoureux. Après quelques années Betty et Mohammed donnent naissance à une petite fille Leïla qu’ils aiment  tant. Mohammed était un médecin renommé, mais souvent jugé à cause de ses origines. Un jour,  Mohammad décida de retourner en Iran un pays en guerre mais dans lequel il avait toute sa famille. Il tenait absolument à présenter sa femme à sa famille. Le jour du départ approche,  Betty est réticente et effrayée d’aller dans ce pays en guerre, mais écouta son mari afin de lui faire plaisir.

Après quelques heures de vol, Betty arrive dans un univers complètement différent. Les femmes sont toutes recouvertes d’un voile noir, où l’on ne pouvait apercevoir que les yeux. Dès son arrivée, la mère de Mohammed couvrit Betty du voile traditionnel. Par simple respect , elle accepta  mais cela ne s’arrêta pas ici. Une fois installée dans la famille, elle fut contrainte de faire les cinq prières par jour, sans même demander son avis. Elle n’avait plus le droit d’enlever le voile, même durant le repas par preuve de respect envers  les hommes. Sa petite fille Leïla de son jeune âge ne comprenait pas.

Ceci en était assez, elle décida de quitter le pays, de fuir avec sa fille mais cela  était impossible, car sans l’autorisation de son mari elle ne pouvait quitter l’Iran. Mohammed lui annonça qu’ils allaient rester vivre en Iran pour toujours. Dépitée, elle tenta plusieurs fuites. Mohammed changea littéralement de comportement, il commença à la battre puis la séquestrer.

La dernière solution,  était de s’enfuir illégalement du pays avec sa fille, avec les clandestins. Cela fut dur et éprouvant, mais après plusieurs années et plusieurs tentatives, elle arriva à ses fins : retourner aux Etats-Unis et obtenir de nouveau sa liberté.

Naomie Lepante, 1èreL

 

Cette jeune fille a eu cette passion de l’automobile par son père qui était champion de Formule 1. Jamais elle n’avait envisagée de faire un autre métier que celui-ci. Elle se rendit compte, en grandissant , qu’il y avait peu de femmes dans ce domaine , et quasiment aucune n’était indienne.

Lors de sa première course officielle elle remarqua le regard que portaient les hommes sur elle. Elle en entendit même un, dire qu’elle n’avait absolument rien à faire ici, et que sa place était dans la cuisine !

Le départ fut donné : elle arriva première et fut sélectionnée.

Certains membres de sa famille étaient contre sa participation.

Peu de temps après la course, sa famille décida de lui arranger un mariage. Elle était bien évidemment contre cela. Tout ce qu’elle voulait, c’était de pouvoir poursuivre sa carrière. Mais rien à faire ; elle n’arriva à raisonner personne !

Le jour de la rencontre des deux familles arriva : la jeune fille était dévastée.  Elle réfléchit longuement lors de la rencontre, prit son courage à deux mains, se leva et partit.

Ses parents qui étaient les seuls à la soutenir,  l’emmenèrent à cette course qui pouvait faire décoller sa carrière dans ce sport réservé aux hommes. La course fut dure mais elle réussit à atteindre la deuxième place du podium.

Après cette course, cette femme est devenue une légende dans le monde du sport automobile. Plus aucun homme ne l’a considérée comme inférieure mais comme leur égale.

Jennifer Suthaharan, 1èreL

 

Connaissez-vous l’histoire de Kaysha? Non? c’est normal! Elle n’a rien fait d’extraordinaire si ce n’est que de réaliser son rêve: permettre aux femmes de pouvoir faire partie de l’armée de terre au coût de sa vie et participer à la victoire de la France. J’ai eu l’occasion de la rencontrer. C’était en 1949 juste après la seconde guerre mondiale. Elle était dans un piteux état et faisait les cent pas dans sa cellule à Fleury Mérogis. Grâce à plusieurs pots de vin que j’ai du verser au gros porc qui surveillait sa cellule, j’ai eu l’occasion d’être la première et seule personne à entendre son histoire. EIle me raconta: “Mon père était d’origine sénégalaise, lors de la première guerre mondiale, on a dû abandonner notre maison pour habiter en France. J’ai toujours été très intéressée par la guerre, le sentiment d’appartenir à une nation qui allait avec, et la défendre jusqu’à la mort. Petite, j’ai commencé à adopter un style assez masculin que j’ai développé au fur et à mesure que je grandissais. Arrivé à mes 19 ans, j’étais déterminé à devenir une soldate alors je suis allée m’inscrire. Arrivé au guichet, l’homme qui était en face de moi, me rit au nez”.

Afin de réaliser son rêve Kaysha pris une grande décision: s’inscrire à l’armée en tant qu’Homme. Elle se rasa les cheveux changeas sa voix à l’aide d’hormones. Elle mit des bandeaux pour aplatir sa poitrine et adopta une démarche d’homme. Arrivée au front, Kaysha sous le nom de ken excella dans tous les domaines, elle fut nommée sergent d’infanterie . Un soir comme tous les autres elle attendit que tous les autres soldats dorment pour aller faire sa toilette. Se pensant seule, elle se déshabille et se mit sous la douche. Mais ce soir là, le soldat Henri ne dormait pas et entra dans la douche et alla se laver les mains puis se retourna en direction des douches puis vit Kaysha. Choqué de sa découverte Henri n’eut pas de réaction et la menaça d’aller la dénoncer au supérieur, elle le supplia de ne pas le faire et il lui dit qu’en échange de son silence, il lui imposa un rendez-vous chaque soir dans les douches pour avoir des relations sexuelles avec lui. Cela dura 3 semaine puis du jour au lendemain henri la dénonça par la suite elle fut radiée et emprisonné.

Sarah, Fanta et Latyr, 1èreL

  

               Le destin de Françoise

Elle se nommait Françoise, elle était bretonne et fan de sport, plus particulièrement d’athlétisme. Elle pratiquait la course à pied en secret car ses parents et son entourage étaient contre. Ils pensaient que cette activité n’était pas nécessaire. C’était juste une perte de temps. Ils voulaient qu’elle se concentre sur son éventuelle vie de mère au foyer. Elle adorait courir dans ls champs, même sous la pluie. Courir lui procurait un sentiment d’évasion, de liberté, elle se vidait sa tête et l’esprit en courant. Ses parents étaient persuadés que c’était destiné qu’aux garçons.

A l’âge de 19 ans, elle quitta sa maison familiale pour se marier avec son cousin éloigné, très malade qui allait sûrement bientôt la faire devenir veuve. Elle ne l’aimait pas, c’était un mariage arrangé évidemment. Ils étaient très pauvre, le traitement de son mari Allain coûtait très cher.

Elle était très malheureuse et sa seule raison de vivre était la course. Le cas d’Allain s’aggravait de jour en jour, il souffrait énormément. Un lundi matin Françoise découvrit le corps de son mari allongé dans la cuisine il était inanimé, le coeur éteint. Quelques jours après sa mort a eu lieu son enterrement et c’est pendant celui-ci que Françoise se rendit compte que malgré sa peine c’était un soulagement et qu’elle pouvait enfin vivre sa passion. Quelques années après la mort de son défunt mari elle fit une association spéciale pour les jeunes filles voulant vivre leur passion : le sport.

Tout vient à point à qui sait attendre.

Heloïse Deval, 1èreL

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Les féministes sont-elles d’accord entre elles?

Vous trouverez ci-dessous des liens pour vous documentez sur la personnalité et le mouvement féministe que vous devez étudier.

Groupe 1: Angela Davis

Documentaire vidéo: Free Angela and all political prisoners https://www.youtube.com/watch?v=WZ622iF3UqA

Interview audio: https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/angela-davis-pour-detruire-les-racines-du-racisme-il-faut

Textes:

http://www.revue-ballast.fr/angela-davis-appelle-a-resistance-collective/ http://www.revue-ballast.fr/angela-davis/  http://www.revue-ballast.fr/labecedaire-dangela-davis/

Groupe 2: Christine Delphy

Documentaire vidéo: Je ne suis pas féministe, mais… https://vimeo.com/120523495

Documentaire audio: https://www.franceculture.fr/emissions/grande-traversee-womens-power-les-nouveaux-feminismes/ne-nous-liberez-pas-sen-charge?xtmc=f%C3%A9minisme&xtnp=1&xtcr=5

Textes: http://lmsi.net/_Christine-Delphy_

Groupe 3: Françoise L’héritier

Interview audio: https://www.franceculture.fr/emissions/les-racines-du-ciel/serie-grands-temoins-parcours-d-une-anthropologue-eclairee-avec

Interview Vidéo:

https://www.youtube.com/watch?v=YSRyd8VtHP4

https://www.youtube.com/watch?v=YVzMIc6xXko

http://www.dailymotion.com/video/x1bd06p_l-anthropologue-francoise-heritier-sur-l-egalite-homme-femme-les-differences-entre-sexes-et-le-genre_news

Documentaire vidéo: Conversations avec Françoise l’Heritier http://www.filmsdocumentaires.com/films/4658-discussion-avec-francoise-heritier

Texte: http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/05/08/francoise-heritier-des-l-enfance-on-assigne-les-individus-a-leur-sexe_1190585_3232.html

Groupe 4:  Vandana Shiva

Interview audio: https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/vandana-shiva

https://www.youtube.com/watch?v=SYNxQJNl1kc

https://www.youtube.com/watch?v=X1gDM1_K9Zc

https://www.youtube.com/watch?v=ISSq6baiMSE

https://www.youtube.com/watch?v=jM524nIzQdQ

https://www.youtube.com/watch?v=ER5ZZk5atlE

https://www.youtube.com/watch?v=TpfQpsU4O6A

Texte: https://reporterre.net/Emilie-Hache-Pour-les-ecofeministes-destruction-de-la-nature-et-oppression-des

Groupe 5: Judith Butler

Textes: http://theories.feministes.pagesperso-orange.fr/partie%205/partie%205.1.htm

Documentaire vidéo: https://vimeo.com/20036048 ou https://www.youtube.com/playlist?list=PL4EC66D573ED68FA1

Textes: http://www.asso-unil.ch/grc/files/2013/11/Judith-Butler.pdf

http://www.humanite.fr/debats/judith-butler-repenser-le-genre-ouvre-de-nouvelles-556630

Groupe 6: Elisabeth Badinter

Textes: http://theories.feministes.pagesperso-orange.fr/partie%205/partie%205.1.htm

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-2eme-partie/elisabeth-badinter-le-pouvoir-des-femmes-2eme-partie

Documentaire vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=QsKlNXZQ7Wg ou https://vimeo.com/46219722

Pour tous: https://www.scienceshumaines.com/les-gender-studies-pour-les-nul-le-s_fr_27748.html

Les féministes sont-elles d’accord entre elles?

 

GROUPE 1: Angela Davis

Née en 1944 en Alabama, Angela Davis est devenue – sans vraiment le vouloir, confia-t-elle dans ses mémoires – l’une des principales figures du Mouvement des droits civiques américains. Opposante à la guerre du Vietnam, membre du Parti communiste, marxiste, féministe et proche du philosophe Herbert Marcuse, Davis fut inculpée en 1971 – l’État de Californie l’accusant d’avoir pris part à une sanglante prise d’otages – puis acquittée un an plus tard. En tant que citoyenne, auteure et professeure, elle milite depuis contre le système carcéral, le port d’armes, la peine de mort, la discrimination à l’endroit des homosexuels, la guerre d’Irak et l’occupation de la Palestine. Entretien.

Comment définiriez-vous le « féminisme noir » ? Quel rôle pourrait-il jouer dans les sociétés contemporaines ?

Le féminisme noir a émergé comme tentative théorique et pratique de démontrer que la race, le genre et la classe sont inséparables dans le monde social que nous constituons. Au moment de son apparition, il était régulièrement demandé aux femmes noires ce qui était le plus important à leurs yeux: le mouvement noir ou le mouvement des femmes. Nous répondions alors que ce n’était pas la bonne question. Ce qu’il fallait se demander était comment comprendre les points de jonction et les connexions entre les deux mouvements. Nous cherchons toujours aujourd’hui à comprendre la manière dont la race, la classe, le genre, la sexualité, la Nation et le pouvoir sont inextricablement liés, mais aussi le moyen de dépasser ces catégories pour comprendre les interactions entre des idées et des processus en apparence sans liens, indépendants. Mettre en avant les connexions entre les luttes contre le racisme aux États-Unis et celles contre la répression des Palestiniens par Israël est, dans ce sens, un procédé féministe.(…) “Nos luttes mûrissent, grandissent”, Publié le 17 mars 2015 dans Féminisme, Politique par Ballast, Entretien paru dans le n°1 de Ballast    http://www.revue-ballast.fr/angela-davis/

“A la fin du XXème siècle, de nombreux débats ont porté sur la définition de la catégorie de « femme »: des controverses, notamment, pour savoir qui était inclus dans cette catégorie et qui en était exclu. Ces controverses sont essentielles, à mes yeux pour comprendre pourquoi i l ya eu une certaine réticence parmi les femmes non blanches – mais également chez celles qui, parmi les femmes blanches, étaient issues de milieux pauvres et ouvriers – à s’identifier au mouvement féministe comme un mouvement trop “blanc” et trop “classe moyenne” comme un mouvement trop bourgeois. Et dans une certaine mesure effectivement, le combat pour les droits des femmes a été idéologiquement défini comme un combat pour les droits des femmes blanches de classe moyenne, évinçant de ce fait les femmes noires et latinas et les autres femme non blanches du champ discursif de la catégorie de “femme”.     (…) Nous étions nombreuses à penser à l’époque qu’il fallait élargir la catégorie “femme” pour qu’elle puisse intégrer les femmes noires, latinas, amérindiennes, etc. Nous pensions qu’il serait ianis possible de régler le problème de l’exclusivité de cette catégorie. Ce que nous n’avions pas encore réalisé, c’est qu’il allait falloir repenser la catégorie tout entière: il ne suffisait pas d’intégrer simplement davantage de femmes dans une catégorie inchangée.”, Une lutte sans trêve, Discours prononcé le  mai 2013 à l’université de Chicago, Angela Davis

L’Histoire ne peut être effacée comme on efface une page Web

À ce moment décisif de notre histoire, rappelons-nous que nous toutes et tous qui sommes ici — ces centaines de milliers, voire de millions de femmes, de personnes transgenres, d’hommes et de jeunes —, à la Marche des femmes, représentons les puissantes forces du changement : nous sommes déterminés à empêcher que ces vieilles cultures racistes et hétéro-patriarcales reviennent au devant de la scène. Nous considérons que nous sommes des agents collectifs de l’Histoire et que celle-ci ne peut pas être effacée comme on efface une page Web. Nous savons que nous nous rassemblons cet après-midi sur des terres indigènes et nous suivons l’exemple des peuples des premières nations — qui, malgré la violence génocidaire massive qu’ils ont connue, n’ont jamais renoncé à la lutte pour leur territoire, pour l’eau, pour la culture et pour leur peuple. Nous saluons particulièrement aujourd’hui les Sioux de Standing Rock. Les luttes pour la liberté des Noirs, qui ont façonné la nature même de l’histoire de notre pays, ne peuvent être supprimées d’un simple revers de la main. On ne peut pas nous faire oublier que les vies des Noirs comptent réellement [référence au mouvement Black lives matter, ndlr]. L’histoire même de ce pays est ancrée dans celles de l’esclavagisme et du colonialisme — ce qui implique, qu’on le veuille ou non, que les États-Unis sont une histoire d’immigration et d’esclavage. Propager la xénophobie, crier au meurtre et au viol et construire des murs n’effaceront pas l’Histoire. Aucun être humain n’est illégal.

« Oui, nous saluons la lutte pour un salaire minimum à 15 dollars. Nous nous dédions à la résistance collective. Nous résistons face aux millionnaires qui profitent des taux hypothécaires. »

La lutte pour la planète — contre le dérèglement climatique, pour garantir l’accessibilité à l’eau des terres sioux de Standing Rock, de Flint, du Michigan, de la Cisjordanie et de Gaza, pour sauver notre faune, notre flore et l’air — est le cœur de la lutte pour la justice sociale. Ceci est une Marche des femmes et cette Marche des femmes représente la promesse d’un féminisme qui se bat contre les pouvoirs pernicieux de la violence étatique. Un féminisme inclusif et intersectionnel qui nous invite toutes et tous à rejoindre la résistance face au racisme, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, à la misogynie et à l’exploitation capitaliste. Oui, nous saluons la lutte pour un salaire minimum à 15 dollars. Nous nous dédions à la résistance collective. Nous résistons face aux millionnaires qui profitent des taux hypothécaires et face aux agents de la gentrification. Nous résistons face à ceux qui privatisent les soins de santé. Nous résistons face aux attaques contre les musulmans et les migrants. Nous résistons face aux attaques visant les personnes en situation de handicap. Nous résistons face aux violences étatiques perpétrées par la police et par le complexe industrialo-carcéral. Nous résistons face à la violence de genre institutionnelle et intime — en particulier contre les femmes transgenres de couleur.

Lutter pour le droit des femmes, c’est lutter pour les droits humains partout sur la planète ; c’est pourquoi nous disons : liberté et justice pour la Palestine ! Nous célébrons la libération imminente de Chelsea Manning et Oscar López Rivera. Mais nous disons aussi : libérez Leonard Peltier ! Libérez Mumia Abu-Jamal ! Libérez Assata Shakur ! Au cours des prochains mois et des prochaines années, nous serons appelés à intensifier nos demandes de justice sociale, à devenir plus actifs dans notre défense des populations vulnérables. Que ceux qui prônent encore la suprématie de l’homme blanc hétéro-patriarcal se méfient de nous. Les prochains 1 459 jours de l’administration Trump seront 1 459 jours de résistance. Résistance sur le terrain, résistance dans les salles de classe, résistance au travail, résistance par notre art et notre musique. Ceci n’est que le commencement, et, pour reprendre les mots de l’inimitable Ella Baker, « Nous qui croyons en la liberté, nous ne nous reposerons pas avant qu’elle n’advienne ». Je vous remercie.

Traduction de l’anglais par Julie Paquette et Cihan Gunes, pour Ballast. http://www.revue-ballast.fr/angela-davis-appelle-a-resistance-collective/

« Le féminisme a toujours été traversé de contradictions. […] De la même manière que le féminisme dominant consentait au racisme et au colonialisme dans les époques précédentes (ce qui persiste bien entendu encore de nos jours), le féminisme sert d’alibi à l’islamophobie contemporaine. Ce qui veut dire que les approches intersectionnelles proposées aux États-Unis par des féministes de couleur radicales sont d’autant plus importantes aujourd’hui. » (Sur la liberté — Petite anthologie de l’émancipation, 2016)

GROUPE 2:  Christine Delphy

“En conclusion, l’exploitation patriarcale constitue l’oppression commune, spécifique et principale des femmes.

  • commune: parce qu’elle touche toutes les femmes mariées (80% à tout moment)
  • spécifique; parce qu ‘l’obligation de fournir des services domestiques gratuits n’est subie que par les femmes
  • principale: parce que même quand les femmes travaillent “au dehors”, l’appartenance de classe qu’elles en dérivent est conditionnée par leur exploitation en tant que femmes.

Le gain dans le travail salarié est annulé par le prélèvement de la valeur des services vénaux qu’elles sont obligées d’acheter en remplacement de leurs service gratuits. Les conditions matérielles de l’exercice de leur profession sont dictées par leur exploitation patriarcale:

  • la possibilité même de travailler est conditionnée par l’accomplissement préalable de leurs “obligations familiales”, avec le résultat que leur travail à l’extérieur est soit impossible, soit ajouté à leur travail domestique
  • les obligations familiales sont érigée sen handicap et en prétexte par le capitalisme pour exploiter les femmes dans leur travail à l’extérieur

(…) Dans l’immédiat on peut poser que la libération des femmes ne se fera pas sans la destruction totale du système de production et de reproduction patriarcal.(…) ce bouleversement ne pourra se faire sans une révolution, c’est-à-dire la prise du pouvoir politique.”, Christine Delphy, l’ennemi principal (1998)

Dans Classer, dominer, vous imaginez un féminisme qui puisse être avec et non pas contre l’islam. Que faites-vous de ces féministes, comme l’anarchiste Emma Goldman, qui considéraient la religion comme une source d’oppression et d’aliénation des femmes, et qu’il fallait en finir avec les religions pour libérer les femmes ?

Ou bien on prend le monde tel qu’il est, et on essaie de le changer – pacifiquement, si possible –, ou bien on essaie d’éliminer les religions – mais on a vu ce que cela donne, en Union soviétique ou ailleurs : l’Église devient un lieu de résistance contre la tyrannie d’État. On n’y peut rien, la plupart des gens dans le monde ont foi en une religion. Alors, sauf à vouloir les éliminer, il faut faire avec… Ou on travaille avec la réalité, ou on est dans l’imaginaire. Et je vous dis ceci alors que, personnellement, je ne crois pas en Dieu. Il y a quelque chose de ringard dans ce débat. On retrouve les mêmes choses avec les femmes musulmanes, aujourd’hui. On parle d’elles sans leur parler. Ce sont des femmes comme les autres. Ils disent qu’elles veulent rester au foyer mais les mêmes veulent les virer des universités – pourquoi y vont-elles si elles n’ont pas l’intention de travailler ? On a créé un collectif qui s’appelle le Collectif des féministes pour l’Égalité, avec des femmes qui portent le foulard et d’autres non. (…)

Vous acceptez qu’une femme puisse porter le voile au nom du libre choix, mais vous semblez contester le libre choix d’une femme qui tient à se prostituer : certain.e.s vous reprochent cette position.

Il semble que ça soit à la mode de lier ça ! Je ne suis pas d’accord ; ça ne relève pas du même ordre. Il n’est pas question, à mes yeux, d’interdire aux femmes de se prostituer. Seulement de pénaliser les clients. On m’objecte ce sophisme : pénaliser les clients, c’est pénaliser les prostituées. Comme si, du jour au lendemain, il n’y aurait plus de clients ! J’entends ça sans arrêt. On dit que ça conduira les prostituées vers des endroits plus dangereux, comme si un endroit était, en soi, dangereux : il l’est parce que des gens le rendent dangereux. Autrement dit : le danger potentiel pour une prostituée, c’est donc de se retrouver seule avec un homme, un client. Dans les bordels allemands, il existe des « boutons de panique » dans les chambres. Pourquoi ? On nous dit pourtant que c’est un endroit surveillé, prévu pour ça. Le danger, c’est donc le client – et ça, les défenseurs de la prostitution ne veulent pas l’admettre. Le livre Elles ont fait reculer l’industrie du sexe explique les résultats concrets des pays scandinaves en matière de abolitionnisme : aucun client n’a été en prison, ils ont seulement eu des amendes. Mais ça commence à changer la vision des gens sur l’achat de services sexuels. Notre idée, en soutenant cette loi de pénalisation, est d’entamer une rééducation du pays – mais douce, pas comme les camps viêtnamiens (rires). La honte doit changer de bord.

Acceptez-vous le terme de « travailleurs du sexe » que le syndicat du STRASS utilise ?

Non, non, non ! Ce n’est pas un travail comme un autre. Est-ce qu’un esclave est un travailleur comme un autre ? Je dis simplement : il ne vaut mieux pas que ça devienne « un métier comme un autre », mais il ne faut pas l’interdire. Si c’est un métier comme un autre, comme ils le disent, il est très spécial : il est réservé aux femmes et on ne peut pas le dissocier de l’oppression et de l’exploitation économique des femmes.

Il y a aussi des hommes prostitués. À commencer par Thierry Schaffauser, qui a écrit La Lutte des putes.

Les femmes sont la grande majorité, tout le monde le sait. Vous savez combien ils sont au STRASS ? Faut pas se foutre du monde ! On en fait des tartines avec eux, comme s’ils représentaient quelque chose. Et je dis bien « ils », car ils comptent beaucoup d’hommes et de transsexuels. Ce qu’on pourrait faire, d’un point de vue légal, c’est augmenter les aides pour permettre aux prostituées, femmes, hommes et transsexuels, de trouver d’autres professions. 90 % des prostituées, ici, sont issues de la traite (des femmes d’Europe de l’Est, d’autres d’Afrique noire – avec ce que ça comporte d’atrocités, de menaces et de réseaux mafieux) : pourquoi les défenseurs de la prostitution ne parlent-ils, systématiquement, que des 10 % (ou 8, ou 12, qu’importe) de prostituées volontaires ? D’autant que les policiers estiment que ce n’est pas possible de rester dans la rue plus de six mois sans proxénète. La prostitution nuit à toutes les femmes, et pas seulement à celles qui la pratiquent, car elle induit une croyance : celle que les hommes ont un droit d’accès au corps des femmes. Pénaliser permettrait de diminuer ce privilège. Sans parler du fait que je trouve immoral qu’on puisse acheter des individus. (…)

Vous avez fait état de votre désaccord avec Judith Butler, quant à son rapport à la domination, au pouvoir et à la sexualité. D’autres divergences vous séparent-elles de sa pensée ?

Butler ne parle jamais des conditions matérielles, de l’oppression économique. Tout ça n’existe pas pour elle. Elle ne considère que la domination sur un plan idéologique. C’est le problème du postmarxisme, aux États-Unis et maintenant en France. Butler écrit des choses parfois stupéfiantes : on pourrait ne plus consentir à la violence – il y a des tas de cas où l’agresseur ne se soucie pas vraiment du consentement… Je conteste aussi sa vision du genre, dans sa vision queer: elle ne veut pas abolir les genres, elle est très claire là-dessus, elle veut les élargir, les « brouiller ». Imaginez que vous parliez comme ça des classes. On « brouille » les classes ? Un patron passe une heure comme fraiseur et un ouvrier une heure en réunion avec d’autres patrons ? Il ne faut pas « brouiller » les lignes : il y a un système d’oppression, il faut le démolir. Je suis un petit peu carrée là-dessus. Butler ne veut pas détruire la division de genres mais la rendre moins « binaire » (tous les queers parlent sans cesse de « binarité ») : il y en aurait cinquante, des genres, que ça serait la même chose ! Aux États-Unis ou au Brésil, il y a des gens de toutes les couleurs mais, au final, ça va de blanc à noir. C’est une seule dimension sur laquelle vous pouvez avoir des notes différentes, mais la notation existe : il vaut mieux être tout blanc. (…)

Vous aviez critiqué Bourdieu comme faux-ami de l’émancipation féminine. Il existe une querelle terminologique : un homme peut-il être « féministe » ou doit-il seulement se dire « pro-féministe » ?

Les hommes vraiment féministes que je connais – il n’y en a pas des masses – se déclarent d’eux-mêmes pro-féministes. Ils estiment qu’ils ne peuvent pas être dans les chaussures d’une femme, et c’est vrai. Ils essaient donc de faire leur part et, surtout, de ne pas parler à la place des femmes – ce que j’avais pointé du doigt dans mon texte « Nos amis et nous ». Et Bourdieu, c’était ça ! Il parlait de domination et non d’exploitation, de violence symbolique (comme si les femmes ne recevaient pas des coups !), et il déniait aux femmes la capacité d’analyser leur propre oppression – car elles seraient aliénées.

Vous avez dit : « Je vois plus ce qui manque que ce qui a été fait. » Concluons cet entretien sur « ce qui manque », justement…

Oui, je me dis ça, quand je vois comment, encore, les femmes sont traitées. Quand je vois que la majorité des prostituées et des enfants abusés sont des femmes ou des filles, que 80 % du travail à la maison est assuré par les femmes, quand je vois qu’elles sont moins payées que les hommes… Les éléments ne manquent pas. Mais les gens ne s’en rendent pas compte ; ils ne savent toujours pas ce qu’est l’oppression des femmes.”

“La honte doit changer de bord”, Publié le 09 décembre 2015 dans Féminisme, Politique par Ballast, Entretien paru dans le n° 2 de la revue papier Ballast http://www.revue-ballast.fr/christine-delphy/

GROUPE 3: Vandana Shiva

Comment pratiquer, aujourd’hui, dans nos nombreuses luttes locales et internationales, les trois piliers de résistance promus par Gandhi — Swaraj (« l’autodétermination »), Swadeshi (« l’auto-suffisance ») et Satyagraha (« la désobéissance civile non-violente ») ?

Ce sont trois concepts de Swaraj, le « gouvernement par soi-même », énoncés par Gandhi lorsqu’il s’agissait de nous libérer des Britanniques. Mais voulons-nous d’une liberté dans laquelle nous faisons usage de ces institutions, créées dans la violence pour nous gouverner ? Ou aurons-nous un véritable gouvernement par nous-mêmes ? De plus, Gandhi comprenait l’auto-gouvernance au sens de chaque personne, de chaque village, comme un système auto-organisé, autogéré. C’est ce que nous appelons l’autonomie. Mais pas l’autonomie fondée sur le slogan de l’époque : « Les Britanniques dehors, les gens de couleur restent. » L’idée était de transformer le pays pour arriver à une économie profondément décentralisée. Swadeshi a par la suite recouvert l’idée de production autonome, celle qui exige la souveraineté économique — que cela soit pour les semences ou pour la nourriture, etc. Et Gandhi était très clair : le Swadeshi n’était pas pour lui un esprit de clocher. Une grande confusion s’est installée. La manie actuelle du pouvoir entrepreneurial est de s’appuyer sur un nationalisme étroit, vide. Et de prolonger ce nationalisme vers le champ culturel et la question raciale. C’est ce que nous avons vu dans l’élection nord-américaine ou le Brexit, récemment. C’est ce que nous pourrions voir en France. Et c’est un grand danger ! Mais c’est aussi très pratique : nous détruisons le local afin de sauvegarder le global, nous parlons en termes nationaux mais nous affaiblissons la souveraineté nationale qui existe au travers des constitutions, des parlements, des structures qui ont déterminé ce qu’est une nation. Tout cela est démantelé par le pouvoir des sociétés multinationales : elles ne veulent pas de parlements, et certainement pas de constitutions nationales ! Elles veulent — comme elles disent — des institutions globales à même de mettre en place le libre marché. Gandhi était extrêmement clair là-dessus, et invitait à se gouverner soi-même.

Satyagraha est le dernier instrument pour dire : s’il n’y a pas de règle juste — et nous vivons en une période où chacune des lois qui nous est imposée est injuste —, il faut lutter. Que cela soit contre la loi sur les brevets de Monsanto ou contre la loi sur les semences, contre les règles de sécurité à l’import ou contre ce nouveau système fou qui est introduit et n’est même pas une loi mais une décision ad hoc de notre Premier ministre, rendant la monnaie papier illégale11 ! De façon à pousser les gens vers l’économie digitale — car c’est là que tout le monde attend pour se faire des gros sous et obtenir toujours plus de contrôle. Gandhi a dit : « Il faut se battre pour la vérité, sans violence. » Il l’a fait en Afrique du Sud d’abord, en 1906, puis usa des mêmes techniques quand il rentra en Inde, concernant les problème de la culture obligatoire de l’indigo dans la région de Champaran12. Cette année, nous allons célébrer le centenaire du Satyagraha du Champaran [qui pourrait se traduire par « la désobéissance à Champaran », ndlr]. Nous allons faire une grande marche pour connecter celui de l’indigo, le Satyagraha du sel13 [en hommage au mouvement de désobéissance civile initié par la Marche du sel, ndlr], et d’autres Satyagraha. Tous ont été des Satyagraha extraordinaires lorsque les Britanniques ont imposé ces règlementations folles. Nous sommes aujourd’hui dans un genre similaire de bouleversement tectonique, avec des nouvelles structures imposées aux peuples par ces sociétés. Certains gouvernements sont volontaires, d’autres résistent. Dans le cas du CETA — l’accord Europe/Canada —, c’est la petite Wallonie qui a résisté.

Mais elle a été écartée par Bruxelles…

Oui, mais si vous ne faites même pas cela, ils ont le champ totalement libre ! Le Brexit et Donald Trump représentent l’opposé de la vision de Gandhi. Ceux-là clament : « Nous avons le droit de vous envahir, mais lorsque nous le faisons et que vous devenez des personnes jetables, nous vous refusons le statut de réfugié pour que vous veniez chez nous. On va donc détruire vos maisons, vos terres, vos libertés et nous ne vous laisserons pas entrer. » Je crois que Gandhi est actuellement plus pertinent qu’il ne l’a jamais été. Il fut un grand guide. Lorsque j’entendais les paroles de toutes ces entreprises, je me disais : « Mon Dieu, ils veulent le contrôle total de la vie sur terre, voilà ce qu’ils cherchent ! » Comment réagir face à cela ? J’ai alors pensé au rouet, la charkha14 [symbole de la désobéissance civile, ndlr], et au Satyagraha. Je conçois la semence comme le rouet d’aujourd’hui.

C’est le plus petit des trois piliers de la philosophie de Gandhi…

Oui, en effet. Il y a un serment : nous nous engageons à faire le Satyagraha lorsque c’est nécessaire. Nous l’avons fait et avons pu obtenir le retrait de certaines lois — cela a même marché à chaque fois. Monsanto dit : « J’ai inventé la semence, elle n’existait pas avant moi et vos semences sont illégales. » Aujourd’hui, même les gens des villes ont conscience de l’importance des semences, des petits jardins… Il y a un terrain neuf pour la solidarité.

Vous évoquez le rôle des femmes comme gardiennes traditionnelles de la bio-diversité et du savoir-faire dans la conservation des semences. C’est un pilier important de votre réflexion, en matière d’éco-féminisme. Mais n’existe-t-il pas un risque à ce que les femmes soient, in fine, confinées à ce rôle de gardiennes, reproduisant simplement la domination patriarcale, fût-ce dans une perspective écologique ?

Non, il n’y a pas de tel risque. Les femmes n’ont jamais opéré dans un contexte « patriarcal » en tant qu’éleveuses et conservatrices des semences. Elles travaillaient comme pouvoirs autonomes et souverains, sur lesquels reposait le reste de la société. Le patriarcat a fait en sorte que le travail et l’intelligence des femmes ne comptent pour rien. Et lorsqu’une entreprise met les pieds dans le monde des semences, le patriarcat s’accroît. Personne ne le reconnaît parce que le travail ultime de l’humanité — à savoir garantir qu’il y ait de la nourriture à table, que tous soient nourris — est défini par le capitalisme patriarcal comme étant le travail le plus bas, le plus insignifiant. Lorsque celui-ci était reconnu à sa juste valeur, il était fait par les femmes. Aujourd’hui, tout le monde doit l’effectuer. Les femmes, de sources de savoir deviennent donc professeures — et non plus les porteuses d’un fardeau exclusif. Tout le monde partage des semences et doit apprendre ce qu’elles sont. Notamment les enfants. Nous avons des jardins dans les écoles, où nous apprenons aux garçons et aux filles. Et ce sont les filles aînées qui ont été capables d’enseigner au reste de la communauté villageoise. Il n’y a donc pas de risque. Mais je voudrais souligner que l’éco-féminisme n’est pas un féminisme réductionniste. Ce n’est en rien un essentialisme qui s’appuie sur la biologie. C’est une vision du monde qui lève le voile derrière lequel le capitalisme patriarcal semble être à la fois le créateur et l’acteur. Et il nous dit : « Vous êtes les voleuses. » La Nature crée, nous créons, et l’éco-féminisme est une philosophie pour tous. Je n’ai jamais dit que ce devrait être une philosophie seulement pour les femmes.

“Gandhi est plus pertinent qu’il ne l’a jamais été”, Publié le 15 février 2017 dans Écologie, Féminisme, International par Ballast  Entretien inédit pour le site de Ballast http://www.revue-ballast.fr/vandana-shiva-gandhi-plus-pertinent-quil-ne-jamais-ete/

GROUPE 4: Françoise L’héritier

“L’inégalité n’est pas un effet de la nature. Elle a été mise en place par la symbolisation dès les temps originels de l’espèce humaine à partir de l’observation et de l’interprétation des faits biologiques notables. Cette symbolisation est fondatrice de l’ordre social et des clivages mentaux qui sont toujours présents, même dans les sociétés occidentales les plus développées.(…)

La pensée naissante, pendant les millénaires de la formation de l’espèce Homo sapiens, prend son essor sur ces observations et sur la nécessité de leur donner du sens, à partir de la première opération qui consiste à apparier et à classer. (…) Les objets vivants qu’observe au long cours cet Homo en train de se faire sont d’abord lui-même et ses congénères dans leur variété individuelle et tous les animaux visibles à l’œil nu dont il est entouré. La classification bute sur un même fait : toutes les espèces, aussi dissemblables soient-elles, entre elles et en leur propre sein, sont partagées par une même constante, ni maniable ni récusable: la différence sexuée. (…) Pourquoi la hiérarchie, signe de l’inégalité, s’est-elle insinuée au cœur de cette banale balance opposant deux à deux des termes antithétiques qui devraient avoir la même valeur? Et pourquoi cette hiérarchie s’instaure-t-elle de manière telle que, de façon systématique, les catégories marquées du sceau du masculin sont supérieures aux autres ? L’ordre des catégories peut varier selon les sociétés, c’est le cas par exemple pour actif/passif ou soleil/lune, mais la valorisation est toujours masculine, alors qu’elle se déplace objectivement d’un terme à l’autre d’un même doublet.

Il est important d’avoir à l’esprit que d’autres éléments appartiennent aussi au socle dur primordial des observations faites par nos lointains ancêtres : la vie s’accompagne de la mort ; la chaleur du sang connote la vie, et le sang perdu par les femmes signale leur moindre chaleur par rapport aux hommes ; la copulation est nécessaire pour qu’il y ait naissance ; tous les actes sexuels ne sont pas nécessairement féconds ; les parents précèdent les enfants et les aînés les cadets ; les femmes se reproduisent à l’identique, mais elles ont aussi la capacité exorbitante de produire des corps différents d’elles. C’est cette dernière observation qui porte en elle le moteur et le germe de la hiérarchie. Les femmes ont été tenues pour le bien le plus nécessaire à la survie du groupe. Sans reproductrices, il n’y a plus d’avenir. (…)

Pour se reproduire à l’identique, l’homme est obligé de passer par un corps de femme. Il ne peut le faire par lui-même. C’est cette incapacité qui assoit le destin de l’humanité féminine. On notera au passage que ce n’est pas l’envie du pénis qui entérine l’humiliation féminine, mais ce scandale que les femmes font leurs filles alors que les hommes ne peuvent faire leurs fils. Cette injustice et ce mystère sont à l’origine de tout le reste, qui est advenu de façon semblable dans les groupes humains depuis l’origine de l’humanité et que nous appelons « la domination masculine ».

Nous savons l’importance que bien des peuples mettent dans la naissance du fils. L’idéologie s’en mêle. Quand les individus veulent à toute force des fils, cela conduit à un fort déficit en naissances féminines dans les pays où la démographie est sévèrement contrôlée, comme l’Inde ou la Chine (où le sex ratio est actuellement de 117). Ce déficit est dû au fait qu’on avorte des fœtus féminins identifiés par l’échographie, ou qu’on tue les filles à la naissance, ou qu’on les abandonne. Car les femmes souscrivent, par la force de l’idéologie et par l’intériorisation de cette idéologie, à un système qui les met au service de la procréation du masculin.

Ainsi, le destin des femmes aurait été scellé dès l’origine de la pensée consciente, à partir à la fois, d’une part, de l’observation de la différence sexuée – qui conditionne l’émergence pour la pensée des catégories binaires qui vont se trouver hiérarchisées et valorisées parce qu’elles sont connotées respectivement des signes masculin et féminin ; parce que, d’autre part, les hommes doivent passer par le corps des femmes pour se reproduire à l’identique, ce qui implique l’appropriation et l’asservissement de ces dernières à cette tâche, et leur infériorisation.

Peut-on espérer sortir de cet engrenage ? La conclusion s’impose vite. Si les femmes ont été mises en tutelle et dépossédées de leur statut de personne juridiquement autonome, qui est celui des hommes, pour être confinées dans un statut imposé de reproductrices, c’est en recouvrant la liberté dans ce domaine qu’elles vont acquérir à la fois dignité et autonomie. Le droit à la contraception, avec ce qu’il implique en amont – consentement, droit de choisir son conjoint, droit au divorce réglé par la loi, et non simple répudiation, interdiction de donner en mariage des fillettes prépubères, etc. –, le droit de disposer de son corps, constitue le levier essentiel parce qu’il agit au cœur même du lieu où la domination s’est produite.

C’est la première marche : le reste, pour nécessaire et significatif qu’il soit – revendication de parité politique, d’égalité d’accès à l’enseignement, d’égalité professionnelle, salariale et de promotion dans l’entreprise, de respect dans les esprits et dans les mœurs, de partage des tâches, etc. – ne peut avoir d’effet significatif et durable si cette première marche n’est pas gravie par toutes les femmes.”, par Françoise Héritier est anthropologue, professeur honoraire au collège de France. Ce texte est extrait de la conférence prononcée le 28 janvier au centre Roland-Barthes (université paris-VII – Denis-Diderot).- LE MONDE 10.02.03

GROUPE 5: Judith Butler

Philosophie magazine: En quoi le genre joue-t-il un rôle fondamental dans la constitution de la culture ?

Judith Butler: Disons que la culture est toujours une catégorie plurielle. C’est dans leur nombre qu’il faut envisager les cultures. Or il semble que, dans toutes les cultures, se pose la question de savoir si l’intronisation dans un genre est ou non un prérequis nécessaire à la participation culturelle. Faut-il qu’un individu ait été intronisé fille ou garçon pour pouvoir être entendu dans une culture donnée ? De fait, les cultures apportent des réponses très différentes ; nous savons que, dans certaines cultures amérindiennes, est parfois introduite l’idée d’un troisième genre. Dans d’autres cas, on observe qu’il existe des catégories spécifiques pour les hermaphrodites, par exemple. L’une des questions posées dans Trouble dans le genre était donc de savoir si les individus sont tenus de s’inscrire dans un genre lisible pour être reconnus en tant que personnes, le genre devenant par-là même un présupposé culturel pour que soit accordée à l’individu sa qualité de personne.

Selon vous, notre identité d’homme ou de femme n’a rien de naturel. Mais n’y a-t-il pas de fait des différences biologiques entre les sexes ?

Vous savez, je ne suis pas tout à fait idiote : je sais qu’il y a des différences biologiques entre les sexes et je ne les nie pas. Mais dire ces différences ne suffit pas, il nous faut aussi les spécifier. Or, dès que nous essayons de le faire, nous entrons dans des interprétations de ces différences, intensément culturelles. Ainsi, on me dit : « Les femmes peuvent enfanter, les hommes ne le peuvent pas – n’est-ce pas une différence ? Vous ne pouvez pas le nier ! » Mais la vraie question c’est : il y a quantité de femmes qui ne peuvent ou qui ne veulent pas avoir d’enfants. Faudrait-il dire qu’elles ne sont pas des femmes ? Si nous disons que les femmes se différencient des hommes par cette capacité, mais que, en fin de compte, cette capacité n’est pas essentielle à ce qu’elles sont, nous sommes dans un moment culturel, nous utilisons une norme culturelle comme moyen de définir une différence biologique. Et, dans une telle discussion, il n’est pas vraiment possible de discerner ce qui relève du biologique et ce qui relève du culturel. (…)

Vous percevez des possibilités de résistance dans le fait de mettre en scène le caractère construit de l’identité sexuelle. Vous évoquez les travestis qui montrent à quel point l’identité sexuelle est aussi le produit du code vestimentaire…

J’adore que la norme du genre soit ainsi dramatisée. Cela révèle la norme pour ce qu’elle est – et permet éventuellement d’y prendre goût pour ce qu’elle est. C’est une manière de savoir que la norme est de l’ordre du fantasme et d’apprendre à vivre d’une certaine façon avec ce fantasme. C’est très important parce que la dramatisation dépend également de la distance qu’elle a avec la réalité. Elle présuppose l’incommensurabilité existant entre le fantasme et la vie. Or on a besoin de se réapproprier cette distance si l’on veut développer une pensée critique sur la manière dont la norme du genre fonctionne.

Subvertir le genre, est-ce toujours une démarche progressiste et libératrice ?

La subversion n’est ni une valeur ni une fin en soi. Mais elle permet de travailler sur les normes, ou de jouer avec elles, et de rendre ainsi la vie plus vivable. Cette idée de « vie “vivable” » n’a cessé de gagner en importance dans mon travail. Je cherche de plus en plus à contribuer à un monde dans lequel il serait plus facile de respirer, de bouger, d’aimer, dans lequel il serait plus facile de se reconnaître et de s’associer.

Ce sont les discours, dites-vous, qui forment nos corps. Allez-vous jusqu’à penser que tout est forme et rien n’est matière ?

Pas du tout. Dans mon livre, Ces corps qui comptent, je reconnais qu’il y a une matérialité du corps qui n’est pas produite par le discours et qui est opiniâtre. Je ne dis pas : « Il n’y a que du discours » ou : « Le discours est la cause et la condition qui président à la production de ce que nous appelons matérialité. » Ce ne serait d’ailleurs qu’une manière de reprendre en la retournant la distinction matière-forme, et ce n’est pas ce que je veux faire. Je pense que nous tentons sans cesse de décrire le corps, mais qu’aucune description ne l’appréhende pleinement. Toute description échoue parce qu’il y a quelque chose qui résiste… Je ne pense pas que nous soyons libres de choisir tout ce que nous voulons et de nous traiter nous-mêmes en marchandises métamorphosables à l’infini. Je ne suis pas une deleuzienne qui croirait en la transformation à l’infini, et je ne pense surtout pas que ma théorie puisse ou doive être utilisée dans le sens d’un fantasme capitaliste.

Si la « femme » n’est pas une catégorie naturelle, sur quelle base pouvons-nous alors parler et agir ?

Déconstruire n’est pas détruire. Si je participe au mouvement des femmes, en quoi ai-je besoin de définir ce que c’est que d’être une femme ? Est-il nécessaire que nous soyons toutes d’accord sur une telle définition pour s’opposer à la violence sexuelle ou pour réclamer l’égalité salariale entre hommes et femmes ? Si nous passons notre temps à tenter de parvenir à un consensus, nous perdons de vue ces problèmes. En revanche, si nous laissons la définition ouverte, de sorte que s’y associent les transgenres ou les femmes ayant un arrière-plan culturel différent, les possibilités démocratiques d’intégration en sont accrues.” Propos recueillis par Svenja Flaßpöhler, et par Millay Hyatt Traduction : Christian Bouchindhomme, Philosophie magazine

Les genres, ce sont aussi des normes, que vous critiquez.

Les études de genre ne décrivent pas la réalité de ce que nous vivons, mais les normes hétérosexuelles qui pèsent sur nous. Nous les avons reçues par les médias, par les films ou par nos parents, nous les perpétuons à travers nos fantasmes et nos choix de vie. Elles nous disent ce qu’il faut faire pour être un homme ou une femme. Nous devons sans cesse négocier avec elles. Certains d’entre nous les adorent et les incarnent avec passion. D’autres les rejettent. Certains les détestent mais s’y conforment. D’autres jouent de l’ambivalence… Je m’intéresse à l’écart entre ces normes et les différentes façons d’y répondre.

Il n’y a donc pas de «nature masculine» ou de «nature féminine»? Jamais on ne peut dire «moi, en tant qu’homme» ou «moi, en tant que femme»?

Il se peut qu’existe une nature féminine, mais comment le savoir ? Et comment la définir? A l’instant même où nous commençons à en parler, nous nous devons d’argumenter, de défendre notre point de vue: le genre est toujours l’objet d’une discussion publique, ce n’est jamais une évidence donnée par la nature. Certes, je peux parler en tant que femme. Par exemple, je peux dire qu’en tant que femme je combats les discriminations qui pèsent sur les femmes. Une telle formulation a un effet politique incontestable. Mais décrit-elle ce que je suis? Suis-je tout entière contenue dans ce mot «femme»? Et est-ce que toutes les femmes sont représentées par ce terme lorsque je l’utilise pour moi?

Vos travaux s’inscrivent dans une tendance de la pensée américaine qui s’intéresse aux victimes de la domination: les femmes et les homosexuels pour les «gender studies», les minorités raciales pour les «postcolonial studies», les personnes vulnérables pour la «théorie du care». En face, il y a un adversaire commun: le «mâle blanc hétéro riche». Votre réflexion s’adresse-t-elle aussi à lui?

Comme tout le monde, le «mâle blanc hétéro riche» est l’objet de demandes variées auxquelles il doit se conformer. Vivre son hétérosexualité, sa «blanchitude», ses privilèges économiques, cela signifie se mouler dans les idéaux dominants, mais aussi refouler les autres aspects de sa personnalité: sa part homosexuelle, sa part féminine, sa part noire… Comme tout le monde, le mâle blanc hétéro négocie en permanence. Il peut prendre certains risques. Mais parfois, lorsqu’il se regarde dans le miroir, il voit… une femme ! Et tout ce à quoi il croyait tombe en morceaux !

La théorie du genre a-t-elle une visée politique ?

Je pense aux personnes dont le genre ou la sexualité a été rejetée et je voudrais aider à l’avènement d’un monde où elles puissent respirer plus facilement. Prenez le cas de la bisexualité: la notion d’orientation sexuelle rend très difficile d’aimer tantôt un homme, tantôt une femme – on vous dira qu’il faut choisir. Voyez encore la situation des «intersexes», les gens sexuellement ambigus ou indéterminés: certains demandent que leur ambiguïté soit acceptée comme telle et qu’ils n’aient pas à devenir homme ou femme. Comment faire pour les aider ? L’Allemagne vient de créer un troisième genre dans les catégories de l’administration. Voilà une façon de rendre le monde plus vivable pour tout le monde.

Peut-on se libérer du genre ? Certains plaident pour un monde où le sexe ne serait plus qu’une variable secondaire, comme la couleur des cheveux ou la taille…

Je n’ai jamais pensé qu’il fallait un monde sans genre, un monde post-genre, de même que je ne crois pas à un monde post-racial. En France, des élus de gauche ont demandé qu’on supprime le mot «race» de la Constitution. C’est absurde ! Cela revient à vouloir construire un monde sans histoire, sans formation culturelle, sans psyché… Nous ne pouvons pas faire comme si la colonisation n’avait pas eu lieu et comme s’il n’existait pas des représentations raciales. De même, à propos du genre, nous ne pouvons pas ignorer la sédimentation des normes sexuelles. Nous avons besoin de normes pour que le monde fonctionne, mais nous pouvons chercher des normes qui nous conviennent mieux.” Propos recueillis par Eric Aeschimann, Le Nouvel Observateur, 15 décembre 2013

GROUPE 6: Elisabeth Badinter

« Trois générations de femmes se sont succédé depuis la naissance du féminisme. Pendant toutes ces années, et en cinq essais, l’historienne et philosophe Elisabeth Badinter a balayé toutes les problématiques féminines : de l’instinct maternel à la dictature du naturalisme, en passant par l’égalité entre les sexes. Aujourd’hui, ses ouvrages sont reliés en un seul (« La Ressemblance des sexes », Livre de Poche), formant ainsi un manuel de féminisme intelligent à l’usage des jeunes générations. Le féminisme passera-t-il la barrière du XXIe siècle ou restera-t-il au rayon des antiquités ? Questions à une spécialiste.

ELLE. Vous avez pris position contre la proposition de la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, d’abolir la prostitution, alors que plus de 80 % de ces femmes sont prises dans des réseaux mafieux.

Elisabeth Badinter. Les chiffres en ce domaine sont absolument invérifiables. Mais peu importe. Pour moi, c’est une affaire de principe : celui de la liberté individuelle. Premièrement, je pense que nous n’avons pas toutes le même rapport à notre corps. Ensuite, si une femme « préfère » faire quatre, cinq ou dix passes par jour pour gagner en une journée ce que d’autres gagnent en un mois – au risque de choquer je dirais même qu’elle « choisit » de le faire –, c’est son droit. J’ajoute encore une chose qui me distingue des abolitionnistes : je n’ai jamais mis la dignité de la femme dans ses pratiques sexuelles. Si la ministre avait dit : « On va déclarer une guerre à mort aux proxénètes et aux mafieux », tout le monde aurait applaudi, et moi la première. La prostitution forcée relève exactement de l’esclavage. Nous devons lutter contre. Faut-il en conclure que toute prostitution est une abomination ? Je ne suis pas d’accord.

ELLE. Pour vous, la liberté de disposer de son corps passe-t-elle par la légalisation des mères porteuses, sachant que ce sont toujours des femmes pauvres qui portent les enfants des riches ?

Elisabeth Badinter.  J’en ai un peu marre qu’on parle toujours à la place des autres ! Chaque fois que j’entends : « Elles ne savent pas ce qu’elles font », je suis très en colère. Et cela vaut pour les prostituées comme pour les femmes qui portent un enfant pour les autres. Ce principe, moi, je l’accepte. Je suis partisane d’un droit au remords pour permettre à la mère porteuse de revenir en arrière après la naissance de l’enfant et d’un véritable encadrement comme en Angleterre. Encore une fois, c’est une question de liberté individuelle.

ELLE. L’ouvrage qui rassemble vos travaux est titré « La Ressemblance des sexes ». Une provocation ?

E.B. Je cherchais un titre cet été… Et c’est la manifestation des Tunisiennes, descendues massivement dans la rue pour refuser d’être définies dans la nouvelle Constitution comme étant un « complément » de l’homme, qui m’en a donné l’idée. Car c’est au nom de ce schéma que l’on a de tout temps instauré l’inégalité des sexes. Les Tunisiennes ont compris le danger incroyable de voir inscrite dans les textes leur « complémentarité ». Elles ont voulu dire : « Nous sommes comme les hommes. En tant que citoyennes, nous sommes dans le modèle de la ressemblance : mêmes droits, mêmes devoirs. » Je suis admirative de leur lucidité et de leur courage. Chapeau !

ELLE. On est en plein universalisme. Vous n’allez pas vous faire des amies avec cette idée de ressemblance.

Elisabeth Badinter. Hommes et femmes ont plus de ressemblances qu’on ne l’imagine. C’est mon credo depuis trente ans. La voie vers l’égalité, c’est de mettre le phare sur ce qui nous unit et sur ce que nous avons en commun en tant qu’êtres humains. La liberté des femmes ne va pas sans la liberté des hommes. Et réciproquement. Il faut donc absolument s’appuyer sur cette revendication de la ressemblance. Voilà pourquoi j’ai choisi ce titre, dont je mesure très bien qu’il n’est pas dans la pensée dominante aujourd’hui. (..)

ELLE. Quand on a inscrit la parité dans la Constitution, vous étiez contre. Avec le recul, pensez-vous finalement que c’était nécessaire, vu la difficulté qu’ont les femmes en politique ?

Elisabeth Badinter. Pas du tout ! La parité a eu la grande vertu de mettre l’éclairage sur des inégalités flagrantes dont personne ne tenait compte. Mais je ne peux pas revenir sur un point de vue qui est d’ordre philosophique. Avec cette loi, on a quand même introduit dans la Constitution la différence biologique ! C’est inacceptable. Et c’est la porte ouverte au différentialisme et au multiculturalisme. A partir du moment où l’on impose des quotas, il est clair et évident qu’un jour ou l’autre d’autres exclus vont utiliser les mêmes armes, ce qui est normal. Même si cela peut sembler scandaleux, je pense très sincèrement que le volontarisme politique aurait été la meilleure arme pour rétablir une égalité. Cela aurait peut-être pris dix ans de plus, c’est vrai, mais qu’est-ce que c’est que dix ans !

ELLE. Vous écrivez : « Le modèle masculin était celui d’un homme mutilé et dominateur. » Aujourd’hui, que seraient en train de devenir les hommes ?

Elisabeth Badinter. Dans le schéma féministe égalitaire, je pense que c’est plus dur d’être un homme qu’une femme. Avant, ils avaient cette supériorité soi-disant donnée d’avance : le petit garçon était supérieur à la petite fi lle, il était un cadeau du ciel, la petite fille était une charge. Mais ce qui caractérisait les mâles – c’est-à-dire l’autorité, le pouvoir, la supériorité, etc. – ne leur appartient plus exclusivement dans nos sociétés occidentales. Aujourd’hui, ils sont en train de reconnaître leur part de féminité. Autrement dit, la validité de la ressemblance des sexes. Reste alors pour nous tous cette question : qu’est-ce qu’un homme ? », Propos recueillis par Dorothée Werner, publié dans Elle, le 2 novembre 2012

Peut-on supprimer la violence?

Dialogue entre Konrad Lorenz et Philippe Breton

Lorenz: Il y a quelque temps, on m’a posé la question « Peut-on supprimer la violence? ». J’y ai bien évidemment répondu mais je suis aujourd’hui curieux de connaitre d’autres avis sur la question. Mon cher Breton, peux-tu me donner ton avis sur cette question, je te prie?

 Breton: Vois-tu, Lorenz, je pense que toute situation peut être résolue par la parole. La violence ne résoud aucune situation et n’est donc pas nécessaire. Ainsi, je pense que la violence peut et doit être supprimée. Mon avis t’a-t-il aidé Lorenz?
 
Lorenz: Ton point de vue est intéressant, mais je ne suis pas d’accord avec toi. Pour moi, la violence étant un instinct inné chez l’homme, on ne peut la réprimer. Mais elle peut être évitée par les liens que l’on crée avec les autres.
 
Breton: Cela est vrai Lorenz, je suis honoré d’avoir pu t’aider.
LABADIE Chloé, 1èreL

La philosophie est-elle utile?

Texte n°1 : extrait d’Aristote, Métaphysique

Selon Aristote, c’est l’étonnement qui a poussé les premiers penseurs dans les spéculations philosophiques. Il entend par « spéculation » toute recherche, toute étude qui n’a pour objectif uniquement de savoir, et non dans le sens dans lequel nous employons ce mot dans la majeure partie du temps, qui est celui de construction invérifiable. Ces penseurs étaient au départ intrigués par les problèmes les plus évidents et plus ils avancèrent et plus ils se préoccupaient de problèmes difficiles à résoudre comme par exemple les phénomènes de la Lune, du Soleil, des étoiles ou encore de la naissance de l’Univers. Se rendre compte d’une difficulté et s’étonner revient à s’apercevoir de notre propre ignorance. Le philosophe explique ensuite que si les premiers penseurs s’étaient intéressés à la philosophie afin d’échapper à l’ignorance, ces derniers poursuivaient la science (ici philosophie) afin de connaître et non pour une quelconque autre utilité. Il continue en ajoutant que tous les arts qui s’appliquent aux nécessités (autrement dit, qui répondent à des besoins) et ceux qui s’intéressent au bien-être et au plaisir de la vie étaient déjà tous connus lorsque les premiers penseurs ont commencé à rechercher une nouvelle matière comme la philosophie. Il est donc évident qu’il n’y a aucun intérêt étranger dans la philosophie (contrairement à Epicure qui disait que la philosophie est une étude de la nature). Nous appelons par « homme libre » un homme qui a son but en lui-même, il n’est pas le but d’autrui donc la philosophie est une science libre car elle n’a pas d’autre but qu’elle-même.

Texte n°2 : extrait d’Epicure, Lettre à Ménécée, Maximes fondamentales XI et XII.

Selon Epicure, il faut faire de la philosophie toute sa vie; il ne faut pas tarder à philosopher quand on est jeune et il ne faut se passer de philosopher quand on est vieux. Il résume cela en disant que « personne n’entreprend ni trop tôt ni trop tard de garantir la santé de l’âme ». Selon lui, la philosophie aurait, contrairement à ce que disait Aristote précédemment, un but, qui est de garantir la santé de l’âme. Il continue son texte en ajoutant que si une personne dit qu’il n’est pas encore venu le temps de philosopher, cela reviendrait à dire, en parlant du bonheur, que le temps n’est pas encore venu ou qu’il est déjà passé et donc parti. Il faut donc aussi bien philosopher quand on est jeune que quand on est vieux; dans un premier cas, pour qu’on reste jeune avec les biens quand on vieillit et pour avoir de la reconnaissance pour ce qui est passé. Dans le second cas, donc l’inverse se serait pour que l’on soit à la fois jeune et vieux et le tout en étant débarrassé de la crainte de ce qui est à venir. Il faut selon Epicure se soucier de l’origine du bonheur parce que s’il est présent nous avons tout et s’il est absent nous faisons tout pour l’avoir.

Dans la onzième maxime fondamentale, l’auteur nous dit que nous n’aurions pas eu besoin de la philosophie si les doutes sur les réalités célestes n’avaient pas perturbé les hommes, ni les perplexités qui ont trait à la mort en dépit que celle-ci ne soit jamais quelque chose en rapport avec nous, ou encore si les limites des douleurs et des désirs avaient été comprises.

Dans la douzième maxime fondamentale, le philosophe grec affirme qu’il n’est pas impossible de dissiper ce que l’on redoute dans des questions capitales sans savoir parfaitement l’origine de tout, nous pouvons au mieux dissiper une inquiétude liée aux mythes; de sorte qu’il n’est pas possible de recevoir en retour les plaisirs sans mélange sans la philosophie.

Texte n°3 : extrait de Platon, Théétète.

L’extrait commence par l’histoire de Thalès qui, en observant les astres et en étant trop concentré, tomba dans un puits. Une servante de Thrace (région de Grèce), fine et spirituelle, se moqua de lui en disant qu’il s’efforçait de savoir ce qui se passait dans le ciel en oubliant de regarder ce qu’il y avait devant ses pieds. Selon Platon, c’est la même chose pour ceux qui passent leur temps à philosopher. Il continue en ajoutant que ces hommes ne connaissent ni proches, ni voisins ; ils ne savent ni ce qu’ils font, ni si ce sont des hommes ou des créatures d’autres espèces ; qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature peut faire ou supporter qui la distingue des autres, c’est ce que le philosophe cherche et ce qu’il trouve avec de la peine. Platon raille par la suite la conduite de Thalès, en disant que quand ce dernier est forcé de discuter dans un tribunal ou ailleurs que sur ses pieds, et bien il prêtera à rire non seulement aux servantes de Thrace (comme quand il était dans le puits) mais également au reste de la foule. Sa terrible maladresse causée par l’ignorance des bonnes mœurs le fait passer pour un imbécile. Entend-il parler d’un homme qui possède neuf cents hectares de terre comme d’un homme prodigieusement riche, il trouve que c’est très peu de chose, habitué qu’il est à regarder la terre entière. Quant à ceux qui chantent la noblesse et qui disent qu’un homme de bien est né parce qu’il peut prouver qu’il a sept aïeux riches, il pense qu’un tel éloge vient de gens qui ont la vue basse et courte parce qu’à cause d’un manque d’éducation, ils ne peuvent jamais fixer leurs yeux sur le genre humain de toute la planète, ils ne peuvent pas également se rendre compte que chaque être humain a d’innombrables ancêtres parmi lesquels nous pouvons trouver des rois et des mendiants, des rois et des esclaves, des barbares et des Grecs se sont suivi par milliers dans toute la famille. Dans toutes ces circonstances, le philosophe est raillé par de nombreuses personnes car il est tantôt pris pour un arrogant, tantôt pour un ignorant.

Texte n°5 : Marx, Thèses sur Feuerbach, éditorial du n° 179 de la Gazette de Cologne.

Selon Karl Marx, les philosophes n’ont fait que d’interpréter le monde alors que ce qui est important, c’est de le changer. Les philosophes ne poussent pas comme des champignons, ce sont les fruits de leur époque, de leur peuple, dont les humeurs les plus subtiles, précieuses et les moins visibles circulent dans les idées philosophiques. C’est le même esprit qui édifie les systèmes philosophiques dans le cerveau des philosophes et qui construit les chemins de fer avec les mains des ouvriers. La philosophie n’est pas hors du monde, pas plus qu’un cerveau est à l’extérieur de l’homme ; il est sûr que la philosophie a pris contact avec le monde avec les cerveaux avant de toucher le sol avec ses pieds, tandis que de nombreuses autres sphères humaines ont leurs pieds depuis longtemps bien plantés sur la terre, et elle cueillent de leurs mains les fruits du monde avant de se douter que la tête fait également partie de ce monde. Parce que toute véritable philosophie est ce qu’il y a de principal, de plus précieux intellectuellement parlant de son époque. Le temps doit venir nécessairement où la philosophie, non seulement intérieurement par sa manifestation, entrera en contact avec le monde de son époque et établira avec lui des échanges réciproques.

Mercier Morgane, 1èreL