La philosophie est-elle utile?

Texte n°1 : extrait d’Aristote, Métaphysique

Selon Aristote, c’est l’étonnement qui a poussé les premiers penseurs dans les spéculations philosophiques. Il entend par « spéculation » toute recherche, toute étude qui n’a pour objectif uniquement de savoir, et non dans le sens dans lequel nous employons ce mot dans la majeure partie du temps, qui est celui de construction invérifiable. Ces penseurs étaient au départ intrigués par les problèmes les plus évidents et plus ils avancèrent et plus ils se préoccupaient de problèmes difficiles à résoudre comme par exemple les phénomènes de la Lune, du Soleil, des étoiles ou encore de la naissance de l’Univers. Se rendre compte d’une difficulté et s’étonner revient à s’apercevoir de notre propre ignorance. Le philosophe explique ensuite que si les premiers penseurs s’étaient intéressés à la philosophie afin d’échapper à l’ignorance, ces derniers poursuivaient la science (ici philosophie) afin de connaître et non pour une quelconque autre utilité. Il continue en ajoutant que tous les arts qui s’appliquent aux nécessités (autrement dit, qui répondent à des besoins) et ceux qui s’intéressent au bien-être et au plaisir de la vie étaient déjà tous connus lorsque les premiers penseurs ont commencé à rechercher une nouvelle matière comme la philosophie. Il est donc évident qu’il n’y a aucun intérêt étranger dans la philosophie (contrairement à Epicure qui disait que la philosophie est une étude de la nature). Nous appelons par « homme libre » un homme qui a son but en lui-même, il n’est pas le but d’autrui donc la philosophie est une science libre car elle n’a pas d’autre but qu’elle-même.

Texte n°2 : extrait d’Epicure, Lettre à Ménécée, Maximes fondamentales XI et XII.

Selon Epicure, il faut faire de la philosophie toute sa vie; il ne faut pas tarder à philosopher quand on est jeune et il ne faut se passer de philosopher quand on est vieux. Il résume cela en disant que « personne n’entreprend ni trop tôt ni trop tard de garantir la santé de l’âme ». Selon lui, la philosophie aurait, contrairement à ce que disait Aristote précédemment, un but, qui est de garantir la santé de l’âme. Il continue son texte en ajoutant que si une personne dit qu’il n’est pas encore venu le temps de philosopher, cela reviendrait à dire, en parlant du bonheur, que le temps n’est pas encore venu ou qu’il est déjà passé et donc parti. Il faut donc aussi bien philosopher quand on est jeune que quand on est vieux; dans un premier cas, pour qu’on reste jeune avec les biens quand on vieillit et pour avoir de la reconnaissance pour ce qui est passé. Dans le second cas, donc l’inverse se serait pour que l’on soit à la fois jeune et vieux et le tout en étant débarrassé de la crainte de ce qui est à venir. Il faut selon Epicure se soucier de l’origine du bonheur parce que s’il est présent nous avons tout et s’il est absent nous faisons tout pour l’avoir.

Dans la onzième maxime fondamentale, l’auteur nous dit que nous n’aurions pas eu besoin de la philosophie si les doutes sur les réalités célestes n’avaient pas perturbé les hommes, ni les perplexités qui ont trait à la mort en dépit que celle-ci ne soit jamais quelque chose en rapport avec nous, ou encore si les limites des douleurs et des désirs avaient été comprises.

Dans la douzième maxime fondamentale, le philosophe grec affirme qu’il n’est pas impossible de dissiper ce que l’on redoute dans des questions capitales sans savoir parfaitement l’origine de tout, nous pouvons au mieux dissiper une inquiétude liée aux mythes; de sorte qu’il n’est pas possible de recevoir en retour les plaisirs sans mélange sans la philosophie.

Texte n°3 : extrait de Platon, Théétète.

L’extrait commence par l’histoire de Thalès qui, en observant les astres et en étant trop concentré, tomba dans un puits. Une servante de Thrace (région de Grèce), fine et spirituelle, se moqua de lui en disant qu’il s’efforçait de savoir ce qui se passait dans le ciel en oubliant de regarder ce qu’il y avait devant ses pieds. Selon Platon, c’est la même chose pour ceux qui passent leur temps à philosopher. Il continue en ajoutant que ces hommes ne connaissent ni proches, ni voisins ; ils ne savent ni ce qu’ils font, ni si ce sont des hommes ou des créatures d’autres espèces ; qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature peut faire ou supporter qui la distingue des autres, c’est ce que le philosophe cherche et ce qu’il trouve avec de la peine. Platon raille par la suite la conduite de Thalès, en disant que quand ce dernier est forcé de discuter dans un tribunal ou ailleurs que sur ses pieds, et bien il prêtera à rire non seulement aux servantes de Thrace (comme quand il était dans le puits) mais également au reste de la foule. Sa terrible maladresse causée par l’ignorance des bonnes mœurs le fait passer pour un imbécile. Entend-il parler d’un homme qui possède neuf cents hectares de terre comme d’un homme prodigieusement riche, il trouve que c’est très peu de chose, habitué qu’il est à regarder la terre entière. Quant à ceux qui chantent la noblesse et qui disent qu’un homme de bien est né parce qu’il peut prouver qu’il a sept aïeux riches, il pense qu’un tel éloge vient de gens qui ont la vue basse et courte parce qu’à cause d’un manque d’éducation, ils ne peuvent jamais fixer leurs yeux sur le genre humain de toute la planète, ils ne peuvent pas également se rendre compte que chaque être humain a d’innombrables ancêtres parmi lesquels nous pouvons trouver des rois et des mendiants, des rois et des esclaves, des barbares et des Grecs se sont suivi par milliers dans toute la famille. Dans toutes ces circonstances, le philosophe est raillé par de nombreuses personnes car il est tantôt pris pour un arrogant, tantôt pour un ignorant.

Texte n°5 : Marx, Thèses sur Feuerbach, éditorial du n° 179 de la Gazette de Cologne.

Selon Karl Marx, les philosophes n’ont fait que d’interpréter le monde alors que ce qui est important, c’est de le changer. Les philosophes ne poussent pas comme des champignons, ce sont les fruits de leur époque, de leur peuple, dont les humeurs les plus subtiles, précieuses et les moins visibles circulent dans les idées philosophiques. C’est le même esprit qui édifie les systèmes philosophiques dans le cerveau des philosophes et qui construit les chemins de fer avec les mains des ouvriers. La philosophie n’est pas hors du monde, pas plus qu’un cerveau est à l’extérieur de l’homme ; il est sûr que la philosophie a pris contact avec le monde avec les cerveaux avant de toucher le sol avec ses pieds, tandis que de nombreuses autres sphères humaines ont leurs pieds depuis longtemps bien plantés sur la terre, et elle cueillent de leurs mains les fruits du monde avant de se douter que la tête fait également partie de ce monde. Parce que toute véritable philosophie est ce qu’il y a de principal, de plus précieux intellectuellement parlant de son époque. Le temps doit venir nécessairement où la philosophie, non seulement intérieurement par sa manifestation, entrera en contact avec le monde de son époque et établira avec lui des échanges réciproques.

Mercier Morgane, 1èreL

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